Qu'il était beau, avec ses cheveux couleur corbeau qui lui retombaient délicatement sur le visage, son visage fin, ses yeux chocolat. Non, il ne me laissait pas indifférente, et cela depuis longtemps, trop longtemps.
Quelqu'un parlait, mais personne ne l'écoutait. Personne, peut être pas. Tom, Gustav et Georg avaient l'air très attentifs, mais moi je ne faisais qu'entendre le son de sa voix. J'étais trop attirée par cette beauté qui se trouvait en face de moi. Lui non plus n'écoutait pas, il me regardait. Je devais être rouge pivoine, sachant qu'il avait posé ses yeux sur moi. Mais il m'était impossible de détourner le regard. Non, il était vraiment trop beau.
- Hé les jeunes vous m'écoutez un peu s'il vous plait.
Je me suis concentrée pour essayer de comprendre. Il parlait en allemand, et j'avais commencé à apprendre il y a peine quelques mois. Je me suis retournée vers David, le manager du groupe Tokio Hotel, un groupe que j'aimais tant. Ils étaient tous les quatre en face de moi, à même pas quelques mètres, et si l'envie m'en prenait, je pouvais même les toucher.
Mais voila, aujourd'hui je m'étais habituée à les voir, à participer à leurs répétitions, à les entendre chanter et jouer. Non, cela ne m'impressionnait plus du tout.
Nos regards se croisèrent, je me noyai dans le chocolat, quelques secondes, avant de détourner furtivement les yeux, trouvant soudain un intérêt palpitant à son T-shirt. Il sourit, et un rire angélique atteint mes oreilles. Cela par contre, ça m'impressionnait.
D'un seul coup ils se levèrent tous. Moi qui était tellement attentive à la conversation, je ne compris pas pourquoi. Après hésitation, je me suis levée, pour rejoindre David, de l'autre coté du studio.
- Qu'est-ce qu'ils vont jouer ?
- Si tu n'avais pas passé ton temps à fixer Bill, tu l'aurais su.
Il tourna son visage vers moi, je me sentis rougir, et mon c½ur s'accéléra soudainement. J'essayais de sourire, en vain. Je venais de prendre conscience des choses. Je matais Bill depuis quelques mois, pensant que personne ne remarquait, mais en fait même lui s'en était rendu compte. D'ailleurs, David, dû se rendre compte de mon malaise. Il eut un sourire moqueur, et répondit enfin à ma question.
- Instant Karma, c'est une reprise de John Lennon.
J'acquiesçai d'un signe de tête, attendant que le groupe commence. La guitare résonna, et en moins de quelques secondes, les studios furent remplis de ce son magnifique.
Une après-midi passée à écouter la même chanson, à être bercée par la même mélodie, et pourtant, pas une seconde je me suis lassée. Ce moment j'en étais certaine, je m'en rappellerai toute ma vie, et même plus peut-être.
Lorsque la prise fut parfaite, ce fut avec tristesse que je me suis levée de la chaise sur laquelle j'étais restée pendant un long moment.
J'ai levé les yeux vers l'horloge, qui indiquait déjà vingt heures trente.
Tom sortit le premier, s'étirant les bras, et baillant. Puis, il massa ses doigts endoloris, et cria.
- Maintenant resto !
Cela me faisait bizarre d'entendre de l'allemand toute la journée, mais je savais qu'ils faisaient tous un effort, parlant lentement, préférant certainement que répéter. Avec le temps, je m'étais habituée à cet accent, et comprenais quasiment tout.
Tout le monde sortit peu à peu du studio, j'allais faire de même, mais une voix me retint.
- Tu peux m'attendre, bitte (s'il te plait).
Je me suis retournée, tout doucement, ayant bien entendu, reconnu sa voix. Bill se tenait là à quelques mètres de moi, et refaisait ses lacets. Il sourit, un sourire d'ange.
Je n'osais plus bouger, comme pétrifiée par une telle beauté. Oui, il était tout simplement magnifique. Je me sentais rougir, je le vis rire tout en me regardant. Puis il baissa les yeux, continuant son travail.
Je me suis approchée lentement, le plus discrètement possible, espérant qu'il m'oublia durant quelques secondes. Je ne me contrôlais plus, il était là en face de moi, aveugle.
Je n'étais plus qu'à quelques centimètres de lui, et inconsciemment, j'avançais ma main, comme pour toucher, ébouriffer, ses cheveux.
- Je te vois.
Il n'avait pas levé la tête, ni même bougé. J'étais tellement surprise, que je repris conscience, réalisant ce que j'étais en train de faire. D'un seul coup, prise par la honte et le regret, je voulus reculer, m'enfuir, pour ne plus jamais revenir. Mais je n'avais pas compté que les fils électriques traînant par terre.
En moins de quelques secondes, je me suis retrouvée, assise à coté de lui, les pieds emprisonnés dans les fils.
- Aïe !
C'était la seule chose logique qui m'était venue à l'esprit.
- Aïe ?
Il avait répété avec son accent allemand, ce qui rendait cette expression encore plus grotesque. La situation empirait, et à ce moment précis j'aurais tout donné pour disparaître, passer à travers les murs. Sans s'arrêter de rire, il me tendit la main, et me releva.
J'étais tellement surprise, que ne contrôlais pas ma force, ni mes mouvements, et me retrouvai contre son torse. Je pouvais sentir son odeur, respirer son parfum, toucher sa peau brûlante, lui dire tout ce que j'avais sur le c½ur. Mais je ne fis rien.
Non, je ne fis rien, car j'étais comme paralysée : il avait posé délicatement sa main dans mon dos, et riant toujours, passa ses doigts dans mes cheveux.
- Tu es tellement belle.
Il s'exprimait toujours en allemand, ce qui enlevait tout le romantisme de cette phrase, sachant que je ne comprenais que la moitié des choses. Il sourit, en me rapprochant un peu plus de lui, exerçant une légère pression sur mon dos. Il ne voulait pas m'obliger, ni même me brusquer. Non, il voulait de la douceur, et je pouvais me défaire de son étreinte à tous moments.
- Danke (merci).
Mon accent le fit rire. J'aurais voulu l'entendre en français. Parce que à part la phrase « Bonjour tout le monde, malheureusement je ne parle très bien français, mais j'essayerai de m'améliorer pour la prochaine fois » qu'il avait apprise par c½ur pour les concerts en France, lui, ne savait rien dire dans ma langue.
- Je ne suis pas très sûr de ce que je fais.
Toujours plein de douceur, il s'approcha de moi, et tout doucement, il posa ses lèvres sur les miennes. Tout doucement, il passa sa main sous mon pull, caressant le bas de mon dos, puis monta peu à peu le long de ma colonne vertébrale, jusqu'à atteindre mes épaules.
Ce n'était pas un baiser comme au cinéma, non, c'était un baiser innocent, un baiser timide. Ni l'un, ni l'autre était sûr de ce qu'il faisait. Lui me caressait timidement le dos, moi je mourrais d'envie de passer ma main dans ses cheveux, de me rapprocher de lui, de resserrer notre étreinte, de lui dire « Je t'aime ». Mais la seule chose qui me venait était « Bill Kaulitz m'embrasse. ».
Un bruit de pas, une porte, une voix, de l'allemand incompréhensible, tout ça était allé trop vite pour que je réalise. Tom était rentré, et ressorti, en moins de deux secondes. Bill me lâcha, comme alerté, désarçonné, et me sourit. Sans un mot, nous sommes sortis.
Je repensais à ce premier baiser, je ne l'oublierai jamais, j'étais trop heureuse. J'avais l'impression de planer, d'être dans un autre monde. Je voulais me raccrocher à la réalité, et pourtant ...
La sueur coulait sur mon front, je ne voyais plus que du blanc. Je voulais crier, mais rien ne sortait de la gorge, même si forcer sur mes cordes vocales ne servait a rien, je ne pouvais pas abandonner. Je luttais contre rien, contre l'infini, et le vide en même temps. Mélange incandescent, impossible à battre. Partie perdue d'avance, douleur atroce. Le blanc vira au gris, puis au noir. Attendez-moi, je suis encore là !
Je me réveillai en sursaut, criant le plus fort possible. Des larmes coulaient à flot sur mes joues, creusées par la tristesse, et le manque de sommeil.
J'étais assise sur mon lit, dans ma chambre baignée dans l'obscurité. Je manquais d'air, mais continuais à pleurer en n'essayant même pas de reprendre mon souffle.
Encore un rêve, un cauchemar plutôt. Un retour direct dans le passé. Même quand j'essayais de l'oublier, mon subconscient, me disait « Encore !». Non, je ne pouvais m'en détacher, c'était mon unique raison de vivre.
Des larmes glacées continuaient à couler doucement sur mon visage. Mes yeux n'étaient pas les seuls à pleurer. Les larmes les plus douloureuses sont celles du c½ur. Mais mon c½ur amoureux est perdu dans l'obscurité.
Je me suis jetée sur le coté, risquant de tomber de mon lit. Jetant ma main sur le téléphone, je ne pris même pas le temps d'hésiter. J'ai composé un numéro que je connaissais maintenant par c½ur, attendant la sonnerie avec anxiété. Son beau ténor répondit. Je me sentais déjà mieux, comme protégée.
- Allô ?
Il avait une voix endormie. Après l'avoir réveillé en pleine nuit, je ne pouvais pas m'attendre à mieux. De longues secondes passèrent, sans que ni l'un ni l'autre ne prononce un mot. Il savait très bien qui avait appelé, et attendait patiemment que je parle. Moi je reprenais lentement mon souffle, comme coupée de la réalité, encore au pays des rêves, aux pays merveilleux, où tu étais encore là.
Il finit par me parler, comme pour m'aider à me confier.
- Que se passe t-il ?
Je pris une grande goulée d'air, l'oxygène me manquait à nouveau. La seule chose que je réussis à articuler n'était pas des plus glorieuses, mais tellement réelle.
- Au secours ...